Chers amis de l’amitié dominicaine,

J’écris ce témoignage depuis la capitale (des tentes) qu’est Port au Prince. Tout d’abord, je tiens à remercier tous nos amis français qui nous ont aidés d’une façon ou d’une autre. Saint Paul nous dit : « La foi sans les œuvres est une foi morte. » Mais vous, à travers vos prières et vos dons vous avez pu manifester votre générosité et votre foi, envers nous le peuple haïtien. Nous en sommes reconnaissants !

1) Voilà maintenant près de 10 mois que le terrible séisme a eu lieu, quelle est la situation actuelle en Haïti? (moral des Haïtiens, politique, reconstruction ...)

Est-ce que les frères ont été touchés?

Où sommes-nous après 10 mois du terrible séisme du 12 janvier ? A une telle question, nous avons du mal à donner une réponse satisfaisante. La raison est simple c’est que la population est toujours sous des tentes. De plus, nous sommes dans la saison pluvieuse. La population ne sait quoi faire. Elle ne sait non plus à qui s’adresser, afin de se faire entendre. Car les autorités sont dépassées par les évènements. Devant une telle situation le moral des haïtiens n’est pas vraiment au rendez-vous. La situation est cruciale pour le peuple. Mais les gens ne baissent pas les bras. Cela saute aux yeux, lorsque nous voyons les marchands ambulants sur tous les trottoirs de la capitale pour chercher la vie là où elle est. Il faut bien que le cri de la population soit entendu par quelqu’un ? Il y a quelques années de cela, le président qui est actuellement au pouvoir disait au peuple haïtien : « Naje pou w soti. » ce qui voudrait dire : « Sauve qui peut ! » Hélas, depuis le 12 janvier, c’est la même réalité. Chaque haïtien par ses propres moyens cherche son pain quotidien.

Le peuple haïtien, en dépit de tout ne baisse jamais les bras devant les difficultés. Le séisme du 12 janvier nous montre sans ambages sa détermination. Malgré son courage, il n’arrive pas s’en sortir.

Alors, si l’État ne prend pas ses responsabilités, de quoi vit-il ? Haïti, pays indépendant depuis plus de 200 ans ! Devant l’irresponsabilité de l’État, aujourd’hui, il est difficile de parler d’indépendance pour nous en Haïti. Même avant le séisme la plupart des familles haïtiennes sont soutenues par un proche parent qui est dans la diaspora (États-Unis, Canada, Bahamas, les départements d’outres mers de France) pour ne citer que ces pays.

Plus de quatre mois après le séisme, ce sont les ONG qui venaient au secours de la population, sur le plan alimentaire, médical et j’en passe. Le président avait demandé de cesser l’aide alimentaire pour que les produits locaux trouvent leur place sur le marché. Il faut dire, même avant le séisme la situation était déjà très précaire. La production locale n’était pas suffisante pour nourrir le peuple. Plus encore : qui peut acheter ? Avec quel argent ? Car maintenant le chômage bat son plein dans le pays. Bref, heureusement la communauté internationale ne nous lâche pas à travers leur don.

Sur le plan politique : Maintenant tout le monde parle d’élections. D’ici, le 28 novembre il y aura des élections présidentielles et législatives. Donc, la population se prépare pour aller voter. Je sais très bien que l'évolution d'un pays passe par les élections libres et démocratiques. Mais pour Haïti, aujourd'hui ce ne sont pas les élections qui vont apporter quelque chose pour le pays. La raison c'est que les élections posent toujours de problème, à cause des résultats qui ne sont pas toujours crédibles. En tout cas, il faut prier pour nous. Car à chaque élection il y a toujours de la violence. En dépit de tout, il faut que le peuple haïtien prenne le chemin des urnes le jour des élections. Ce qui est important à savoir, les candidats à la présidence sont au nombre de 19 !

2) Qu'avez-vous pu réaliser pour venir au secours du pays? Quels sont les projets à venir?

Après le séisme avec les jeunes dominicains, dont je m’occupe, des activités d’entraides aux gens vivant dans les camps d’hébergements ont été réalisés. Il s’agissait d’offrir un soutien psycho-socio-éducatif aux compatriotes victimes. Des groupes de parole ont été organisés avec les adultes tandis que les enfants s’amusaient avec les animateurs. Ensuite, des enseignements sur l’hygiène et la réaction par rapport aux séismes ont été donnés par des jeunes du mouvement dominicains. En guise de clôture, une activité culturelle avait été offerte par des comédiens du groupe MJD. Ainsi durant une demi-journée, les jeunes dominicains aidaient les gens à sortir de leur train-train quotidien et à se changer les idées.

Un camp d’été d’un mois (du 15 juillet au 15 août) a été organisé par le Fr. Charles pour encadrer des jeunes enfants abandonnés, venus de partout.

Comme projet à venir, depuis le dernier chapitre de Bordeaux, notre mission comme frères prêcheurs est de construire un couvent. Par contre, pour le moment nous sommes logés chez les sœurs de saint Joseph de Cluny. Aujourd’hui, nous sommes sur la bonne piste pour l’achat d’un terrain dans la capitale. Ce couvent nous permettra dans un temps pas trop loin d’accueillir des jeunes. Mais surtout, d’organiser notre vie dominicaine, dans un lieu où nous pourrons accueillir des fidèles dans notre liturgie.

3) D'un point de vue plus général, combien y a t il de frères au couvent? Quelles sont les missions demandées au dominicain d'Haïti?

Après la fondation de l’Ordre quelques années plus tard, saint Dominique notre père a dispersé les frères afin que ces derniers annoncent la Bonne Nouvelle.

Pour le moment nous sommes 4 frères dans la communauté. Nous attendons du renfort pour l’année prochaine. Malgré la situation chaotique où nous nous trouvons, nous sommes toujours là. Nous continuons notre mission de frères prêcheurs, dans les universités, les aumôneries, prêcher des retraites et aussi l’accompagnement des jeunes.

« La moisson est abondante, les ouvriers sont peu nombreux » dit Jésus. Effectivement, plusieurs diocèses du pays font appel à nous, les frères dominicains pour la formation au sens large du terme. Pour le moment nous sommes peu nombreux, nous ne pouvons pas répondre à toutes les demandes de l’Église locale. Parce que comme religieux nous ne pouvons pas passer sous silence l’exigence de la vie conventuelle. Avec nos faibles moyens nous participons activement dans la vie de l’Archidiocèse de Port au Prince.

Nous avons aussi, une mission mensuelle dans le diocèse des Cayes, en accompagnant les jeunes du mouvement dominicain (YDIM). En un mot, malgré le petit nombre que nous sommes, nous nous donnons corps et âme dans le travail d’évangélisation de notre pays. En somme, même si la situation est difficile, nous devons garder confiance et courage. Car notre Dieu, n’est pas un Dieu des morts mais des vivants.

Fr. Ernest Charlot, O.P

Mis à jour ( Jeudi, 11 Novembre 2010 19:10 )