Sainte-Rose-de-Lima, dimanche 17 mai 2009 

Réflexion sur la famille. Membres associés des Sœurs de Saint-Joseph de Cluny 

"Famille, je t’aime ! "

La famille va-t-elle disparaître ? Le couple n’est-il pas un beau rêve trop souvent voué à l’échec ? Pourtant, plusieurs enquêtes auprès des jeunes font figurer la famille traditionnelle comme un idéal de bonheur toujours recherché.
L’idéal proposé par l’Église dans le sacrement du mariage est grand : il s’agit d’une rencontre avec le Christ au cœur de l’amour humain. Le mari reçoit l’amour de Dieu à travers sa femme. La femme découvre le visage du Christ dans la tendresse de son époux. L’épouse est le sacrement de Dieu pour l’époux et réciproquement. Les conjoints rencontrent Dieu dans leur don réciproque. L’amour de Dieu pour l’homme passe par sa femme et la femme est comblée de la grâce pascale par l’amour de son mari. En s’aimant, l’homme et la femme ne se renferment pas dans l’égoïsme à deux, mais ils plongent dans l’amour de la Trinité : le Père, le Fils, et le Saint-Esprit, image, source et sommet de leur amour.
Dans le sacrement du mariage, les époux reçoivent la grâce pascale pour passer de la croix à la résurrection, des disputes à la réconciliation, de la tristesse à la joie, de la division à la communion. Il n’y a pas seulement l’engagement des époux : Dieu lui-même s’engage dans le sacrement du mariage. Invité  aux noces humaines comme lors des noces de Cana, Jésus le Christ n’encombre pas l’amour humain. Il en est la sève et le garant.
Le Catéchisme de l’Église catholique définit les sacrements comme « des forces qui sortent du Corps du Christ, toujours vivant et vivifiant » (Catéchisme de l’Église catholique, n°1116). Les sacrements sont aussi définis comme « des signes efficaces de la grâce, institués par le Christ et confiés à l’Église, par lesquels la vie divine nous est dispensée » (Catéchisme de l’Église catholique, n° 1131).
C’est pourquoi le mariage est sacré, divin.
La Ve Conférence générale de l’épiscopat latino-américain et des Caraïbes célébrée au sanctuaire marial  Aparecida au Brésil enseigne ceci : « Nous proclamons avec joie la valeur de la famille en Amérique latine et aux Caraïbes. Le pape benoît XVI affirme que la famille “ patrimoine de l’humanité, constitue un des trésors les plus importants des peuples latino-américains et des Caraïbes. Elle a été, et elle est, une école de la foi, palestre de valeurs humaines et civiques, foyer dans lequel la vie humaine naît et se reçoit généreusement et avec responsabilité. La famille est irremplaçable pour la sérénité personnelle et pour l’éducation de ses enfants” » (Aparecida, n°114 : 3. 3 « Bonne nouvelle de la famille »).
La famille constitue la cellule de base de la société. Les économistes affirment souvent : « quand le bâtiment va tout va ». Quand la famille va bien tout va bien. Si le couple va mal, l’enfant à l’école ne se porte pas bien, la jeunesse perd confiance en elle-même et l’ensemble des relations sociales s’en trouve affecté. Des reproches sont parfois adressés à l’Église catholique à propos de la sexualité. Pourtant elle exalte la sexualité vécue dans le mariage comme étant une source de grâce divine, ce qui n’est pas le cas de nos frères protestants ni d’autres religions. La sexualité pousse l’homme et la femme à se tourner l’un vers l’autre : signe de manque, de besoin, de dépendance. L’amour rend humble. Les amoureux ne se suffisent pas à eux-mêmes, ils ont besoin de l’autre. Il existe un lien profond entre la sexualité et la religion. Car ces deux réalités nous renvoient à la dépendance de la créature par rapport à l’autre. Dans l’amour, l’homme et la femme vivent l’extase, la sortie de soi, l’Exode à la rencontre de l’autre.
Le risque est d’idolâtrer la personne aimée qui se trouve tout à coup revêtue des attributs divins.
Dans la Bible, l’idolâtrie est un péché grave. Seul Dieu est digne d’adoration. Le philosophe Pascal l’affirmait : « Je suis incapable de rendre heureux qui que ce soit. » C’est évident. L’homme et la femme peuvent apporter tendresse, plaisir, communication, soutien et compagnie. Mais Dieu seul peut combler le cœur de la personne. « Tu nous as créés pour Toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu’il ne demeure en Toi », s’exclame saint Augustin.
Les médias et la publicité veulent souvent nous faire croire que le bonheur se trouve dans la possession des choses et des personnes. La mentalité et le comportement des adolescents sont présentés comme un idéal. Il s’agit de profiter au maximum, sans engagement, dégagé de toute responsabilité. L’émotion est exaltée au détriment de la volonté et de la fidélité. C’est ainsi que l’homme contemporain court derrière des mirages. Il cherche à combler sa solitude et sa soif  de bonheur mais sans succès. D’où la frustration et l’agressivité : « On s’enlace, on se veut ; on s’en lasse, on s’en veut. » La foi chrétienne comporte une sagesse : chaque personne et chaque chose trouvent leur place après Dieu : « Cherchez d’abord le Royaume de Dieu et sa justice, et le reste vous sera donné de surcroît » (Luc 12, 31).
L’homme et la femme sont appelés à la sainteté. Le mariage est une vocation divine. Les époux voient Dieu en l’autre ; ils servent Dieu dans l’autre et ils conduisent l’autre à Dieu. Sainte Thérèse d’Avila ne disait-elle pas que « Dieu est dans les casseroles » ?
C’est pourquoi la famille est appelée « Église domestique ».
Elle est aussi appelée « sanctuaire de la vie ». L’enfant apparaît comme le fruit de l’amour conjugal. L’enfant arrive après l’amour des époux. Fin politique, l’enfant cherche à diviser ses parents et à prendre la place de son père ou de sa mère. Cependant, l’enfant est aimé non pas à la place du conjoint mais à cause de lui.
L’amour conjugal et familial ne peut pas combler tous les besoins humains. Loin de se refermer sur elle-même, la famille chrétienne s’ouvre à d’autres communautés comme la paroisse qui peut représenter une ouverture pour les enfants et pour les couples. Je pense à certaines paroisses que j’avais découvertes à Singapour il y a quelques années. Le dimanche les chrétiens y restaient déjeuner en famille. Les catéchumènes adultes étaient nombreux. Le partage de la messe et de la table favorisait les liens amicaux et le rayonnement de la foi.
« Concrètement », comme aiment à dire les jeunes, je mettrai en valeur trois dimensions de la vie familiale :
1)                     Le dialogue : les femmes se plaignent souvent d’un déficit de dialogue dans le couple.
2)                     Aller à la messe ensemble : qu’il est beau de voir un couple monter les marches du parvis de l’église, le visage rayonnant, main dans la main. Par ailleurs, les enfants sont parfois privés de la messe du dimanche parce que les parents ne veulent pas les y amener.
3)                     Là où le sacrement de la confession est vécu, les relations familiales se trouvent adoucies et fortifiées.
« La famille, on n’a rien trouvé de mieux », disait un slogan choisi à l’île de La Réunion lors de l’Année internationale de la famille décrétée par l’ONU en 1994. Certains pays comme la France avaient voté contre le choix de la famille comme thème de l’année. La famille a besoin d’être aimée et d’entendre dire comme les amoureux : « Famille, je t’aime ! » 

Fr. Manuel Rivero o. p. 

Mis à jour ( Samedi, 23 Mai 2009 02:09 )