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Les Équipes du Rosaire

PostHeaderIcon Prédication pour le rassemblement diocésain des Équipes du Rosaire de la Guadeloupe le samedi 4 juin 2011

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«  Viens, Esprit Saint ! » En ces jours qui vont de l’Ascension à la Pentecôte, les apôtres réunis au Cénacle avec Marie attendent la venue de l’Esprit promis par Jésus ressuscité.

Nous appelons aussi l’Esprit Saint pour qu’il vienne fortifier nos vies. Pourquoi prier si ce n’est pour demander l’Esprit ? Le but de la prière est bien de nous faire recevoir le Saint-Esprit. Il est nécessaire et bon de demander à Dieu la protection, la santé et les biens matériels dont nous avons besoin. Mais n’oublions pas l’essentiel. Demandons Dieu à Dieu. Avec le Saint-Esprit nous recevons tous les biens : la liberté, la paix, la joie, l’amour, la patience, la maîtrise de nous-mêmes, la confiance dans les autres (cf. Gal 5, 22-23).

Par ailleurs, le grand protagoniste de notre prière demeure l’Esprit Saint. Maître Eckhart, ce grand mystique dominicain de l’École rhénane au XIVe siècle, enseigne à la suite de saint Paul que nous ne prions pas mais que « nous sommes priés ». L’Esprit prie dans nos cœurs « Abba, Père !» (cf. Rom 8, 15 ; Gal 4, 6). Abba est un mot araméen qui veut dire « papa ». Par l’Esprit nous sommes devenus des fils de Dieu et nous prions et crions « papa » comme le dit si bien la langue créole.

Un jour, ayant achevé son Traité sur l’Eucharistie, saint Thomas d’Aquin, grand docteur de l’Église, le présenta au Seigneur en priant devant le crucifix. Le Docteur Angélique entendit la voix de son Maître : « Thomas, tu as bien parlé de moi, que veux-tu en récompense ? » Et lui de répondre : « Toi-même, Seigneur.»

Dans l’Esprit Saint, nous prions avec un cœur de fils comme des hommes libres qui peuvent avoir confiance en leur Père, et non comme des esclaves.

À l’Annonciation, la Vierge Marie a été comblée de grâce. Elle a conçu Jésus par l’Esprit Saint. Toute son existence est façonnée par la rouah, le souffle saint, qui la guide et la soutient dans sa mission de Mère du Messie.

La Ve Conférence générale de l’épiscopat latino-américain et des Caraïbes, réunie au sanctuaire d’Aparecida au Brésil en 2007, a présenté la Vierge Marie comme disciple et missionnaire de son Fils. D’ailleurs, le titre programme de cette Conférence qui marque une étape de l’histoire de l’Église est bien   « Disciples et missionnaires de Jésus-Christ pour que nos peuples aient la vie en lui »[1].

Il arrive habituellement que les mères rassemblent leurs enfants menacés par l’esprit de rivalité et de jalousie. Au cœur de l’Église, Marie accomplit sa fonction maternelle en suscitant l’unité des chrétiens. L’Église missionnaire est ainsi marquée d’un « sceau marial » qui la caractérise et la distingue : « Comme dans la famille humaine, l’Église-Famille se bâtit autour d’une mère, qui donne l’âme et la tendresse à la cohabitation familiale » (Aparecida, n.268).

L’Esprit Saint a fait de Marie « la disciple la plus parfaite du Seigneur ». Elle brille dans l’histoire de l’humanité comme la première chrétienne, le premier disciple, la première Église, aurore du Salut.

Femme cent pour cent juive, figure d’Israël, elle devient le chaînon qui relie l’Ancien et le Nouveau Testament. C’est pourquoi elle continue de jouer un rôle important dans la conversion des juifs qui passent au christianisme. Femme de la Pâque juive et de la Pâque chrétienne, femme eucharistique, elle intercède auprès de son Fils pour que les hommes passent du monde ancien à la vie nouvelle du Ressuscité. Pâques veut dire précisément « passage ». Dans les passages difficiles de notre aventure humaine, Marie est là, en prière en notre faveur. « Advocata nostra », chantons-nous dans le Salve Regina.

Habitée par l’Esprit Saint, Marie a mené à bien sa mission « concevant, éduquant et accompagnant son Fils jusqu’au sacrifice ultime » (Aparecida, n.267). Si nous disons souvent que le chrétien va à Jésus par Marie, l’Évangile de saint Jean nous enseigne que c’est Jésus qui nous oriente vers Marie : « Voici ta mère » (Évangile selon saint Jean 19, 27). Et à partir de ce moment-là, Jean le disciple bien-aimé, image de la communauté des croyants, prit la mère de son Maître chez lui, c’est-à-dire non seulement dans sa maison mais surtout dans son cœur pour voir avec ses yeux et croire avec sa foi.

À la suite du disciple saint Jean, les chrétiens d’aujourd’hui accomplissent la volonté du Christ en croix en accueillant « Marie, comme personne et comme Église »[2]. Le mystère de Marie devient le mystère de l’Église et il se déploie dans l’histoire. La foi de Marie est la foi de l’Église. Les chrétiens croient ce que la Mère de Dieu a cru. Comme le dit un chant populaire, Marie est « la première en chemin ».

À Vence (Alpes-Maritimes), dans la chapelle des sœurs dominicaines, Matisse a peint sur le mur un Chemin de croix où la Vierge Marie précède son Fils sur la voie du Calvaire. Il est naturel qu’une maman entoure son fils qui souffre. En revanche, dans la vision théologique de Matisse, la Mère de Jésus entraîne le Messie souffrant vers la croix car elle partage et soutient son œuvre de salut. Marie est ainsi missionnaire par sa collaboration dans la Rédemption.

Le pape Benoit XVI enseigne que « s’approcher de la Croix, c’est entrer en communion avec le Christ, c’est entrer dans l’espace de la transformation et de l’expiation »[3]. Jésus absorbe dans son corps et dans son âme l’abjection et le péché de l’humanité. Sa divinité lumineuse purifie et transforme. Au cours de sa Passion, l’amour douloureux du Christ porte et emporte les puissances de mort. En Jésus, l’homme empoisonné par le mal guérit en recevant l’amour infini du Fils de Dieu. Et Marie est là, toute proche des hommes parce que toute proche de son Fils.

Ce n’est pas la souffrance qui sauve mais l’amour qui ne recule pas devant la douleur. Le bandit crucifié qui injuriait Jésus n’a pas été cause de vie. Sur la croix, le Serviteur souffrant révèle sa divinité plus que jamais. C’est pourquoi saint Jean l’Évangéliste relie la croix et la gloire par le lien de l’amour.

Lors du séisme en Haïti, le 12 janvier 2010, ceux qui se sont dévoués au service des blessés et des sinistrés avouent avoir fait l’expérience de la lumière au cœur des ténèbres. Ils s’étonnent d’avoir goûté le bonheur d’aimer au milieu des décombres. La réponse au mystère du mal se trouve dans l’amour plutôt que dans les raisonnements : « Dieu silencieux, apparemment absent et pourtant omniprésent, constitue le problème essentiel de toute l’histoire du monde »[4]. « Dieu est un être discret », disait une jeune Haïtienne. L’amour purifie et illumine le cœur dans la trame des faits apparemment insignifiants.

Saint Irénée de Lyon appelle la Vierge Marie la nouvelle Ève, c’est-à-dire la femme nouvelle, qui au lieu d’imiter la méfiance et l’ambition d’Ève, image de la première humanité, met sa confiance en la Parole de Dieu, écoutée et pensée.

Le Christ est le nouvel Adam qui au lieu de saisir le fruit interdit de l’arbre, symbole du mystère de Dieu dont la connaissance et l’amour dépassent l’homme, donna sa vie pour la rémission des péchés. Le geste du Christ qui se donne absolument par amour renverse les effets mortifères du geste d’Adam qui voulut arracher le bonheur divin au lieu de le recevoir des mains de son Créateur.

« Moi d’abord », dit le pécheur. « Dieu d’abord », s’exclame le croyant. Toute la Bible se résume dans l’amour premier de Dieu et du prochain comme soi-même (Évangile selon saint Mathieu 19, 18-19 ; Galates 5, 14). C’est pourquoi nous avons à plonger notre « moi » dans le moi de Jésus pour ressentir ce que saint Paul écrit dans sa lettre aux chrétiens de Galatie : « Avec le Christ je suis un crucifié ; je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi » (Gal 2,20).

« Le bonheur n’est pas une destination mais un style de vie », disait un jeune Haïtien. Le style de vie marial s’enracine dans la foi en la Parole de Dieu, contemplée et approfondie dans le silence du cœur (Évangile selon saint Luc 2, 51). Marie est appelée « bienheureuse » par sa cousine Élisabeth parce qu’elle a cru en l’accomplissement des paroles qui lui furent dites par l’ange Gabriel (cf. Évangile selon saint Luc 1, 45).

Les sanctuaires sous le patronage de la Mère de Dieu attirent des foules ferventes et heureuses qui reconnaissent en Marie la disciple et la missionnaire du Christ. Marie est missionnaire parce que témoin de l’Évangile et servante de la communion. Des hommes et des femmes d’origines fort différentes s’unissent sous le manteau de Marie.

La Vierge Marie fait aimer l’Église : «  Cette vision mariale de l’Église est le meilleur remède à une Église purement fonctionnelle et bureaucratique » (Aparecida, n. 268). Au-delà et à travers ses défauts, les disciples de Jésus affectionnent l’Église car en elle ils découvrent la tendresse et la grâce du Christ. Avant tout, le mystère de l’Église représente dans la vie de tout fidèle la source de l’Esprit Saint donné abondamment dans les sacrements. Comme la Vierge Marie, l’Église est Mère, source de vie.

Au cours de son voyage sur la terre, chaque chrétien vit ce que Marie a expérimenté il y a deux mille ans. Il commence chaque matin sans savoir ce qu’il va découvrir comme Marie qui s’appuyait sur la Parole de Dieu pour affronter les épreuves de sa mission. Saint Ambroise de Milan (340-397) enseignait que chaque chrétien qui croit « conçoit et engendre en un certain sens, le Verbe de Dieu en lui-même : s’il n’y a qu’une seule Mère du Christ selon la chair, en revanche, selon la foi, le Christ est le fruit de tous »[5].

S’adressant aux nouveaux baptisés de la nuit de Pâques, saint Augustin, qui fut baptisé par saint Ambroise une nuit pascale, les exhortait à devenir « les mères du Christ » par leur exemple d’amour évangélique. Celui qui témoigne de sa foi par son exemple et par sa parole engendre le Christ dans le cœur des hommes. En effet, le Christ naît dans l’âme par la foi en la Parole. Chaque baptisé accomplit ainsi sa vocation à la paternité et à la maternité spirituelles.

La prière du Rosaire transforme notre vie. Par elle nous recevons l’Esprit Saint. Par elle, nous regardons le Christ avec les yeux et le cœur de sa Mère, la Vierge Marie. Dans sa Lettre apostolique sur le Rosaire, Rosarium Virginis Mariae, le bienheureux pape Jean-Paul II parlait, le 12 octobre 2002, des cinq regards de Marie : interrogatif, à l’Annonciation ; pénétrant, lors des noces de Cana ; douloureux, sur le Calvaire ; radieux, à la résurrection de son Fils et ardent, à la Pentecôte. Si les yeux sont les fenêtres de l’âme, la prière mariale ouvrent les yeux de notre cœur aussi bien au mystère de Dieu qu’aux réalités humaines. À l’Annonciation, Marie a posé des questions à l’ange Gabriel pour mieux voir dans la foi : «  Comment cela se fera-t-il puisque je suis vierge ? » (Évangile selon saint Luc 1, 34). À Cana, elle a vu l’embarras des nouveaux époux que les autres invités ne percevaient pas. Si les Évangiles n’évoquent pas d’apparition de Jésus ressuscité à sa mère, de nombreux saints l’ont pensé : saint Vincent Ferrier o.p., saint Ignace de Loyola s.j., le père Lagrange, fondateur de l’École biblique de Jérusalem, le bienheureux Jean Paul II.

En ce 4 juin, l’Église fait mémoire de saint Pierre de Vérone, dominicain, martyr. D’une famille cathare, il reçut l’habit des prêcheurs des mains de saint Dominique lui-même. Il aimait prêcher en pratiquant l’art du dialogue avec ses adversaires. Il fut mis à mort sur la route de Côme à Milan le 6 avril 1252. L’un de ses assassins entra plus tard dans l’Ordre des prêcheurs : «  Le sang des martyrs est la semence des chrétiens » (Tertullien, (v. 150-v. 220) à Carthage, actuelle Tunisie). Sa spiritualité était modelée par le rosaire, prière qui se faisait connaître à travers les Confraternités de louange de la bienheureuse Vierge Marie. À son exemple, les membres des Équipes du Rosaire sont appelés à faire resplendir la connaissance du Christ dans leurs quartiers par le dialogue respectueux, attentif et fondé sur l’Écriture. N’ayons pas peur de nous adresser à ceux qui nous font peur par leurs propos agressifs envers la foi catholique. Ce sont eux qui ont le plus à recevoir et à découvrir. Ce sont eux qui deviendront par la grâce du Christ les nouveaux apôtres dont l’Église de la Guadeloupe a besoin.

 

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Fr. Manuel Rivero o.p.



[1] Ve Conférence générale de l’épiscopat latino-américain et des Caraïbes. Disciples et missionnaires de Jésus-Christ pour que nos peuples aient la vie en lui. Aparecida, Paris, Bayard,Cerf, Fleurus-Mame, 2008.

[2] RATZINGER, Joseph, Benoît XVI, Jésus de Nazareth. De l’entrée Jérusalem à la Résurrection. Éditions du Rocher, 2011, groupe Parole et Silence. P. 254.

[3] RATZINGER, Joseph, Benoît XVI, Jésus de Nazareth. De l’entrée Jérusalem à la Résurrection. Éditions du Rocher, 2011, groupe Parole et Silence. P. 56-57.

[4] RATZINGER, Joseph, Benoît XVI, Jésus de Nazareth. De l’entrée Jérusalem à la Résurrection. Éditions du Rocher, 2011, groupe Parole et Silence. P. 102.

[5] Exhortation apostolique post-synodale VERBUM DOMINI du pape Benoît XVI. Rome, le 30 septembre 2010. Libreria editrice Vaticana. N.28.

Mis à jour ( Lundi, 18 Juillet 2011 05:28 )

 

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