Comment vont les frères dominicains qui vivent à Port-au-Prince ? Ont-ils survécu au tremblement de terre qui a sévèrement secoué Haïti ? Comment réagissent-ils face à cette situation catastrophique qui règne en Haïti ? Autant de questions  que se posent nos parents, nos confrères et nos amis inquiets.

Le violent séisme du mardi 12 janvier 2010 a mis le pays sans dessus-dessous et l’a détruit. La ville  de Port-au-Prince où se trouve la communauté saint Dominique est pour l’instant une « ville fantôme » : on marche sur les cadavres, on respire les odeurs des cadavres. Il est impossible pour l’instant d’énumérer le nombre d’églises, de facultés, de centres de formation professionnelle, de collèges, de lycées, d’écoles primaires, de communautés, d’édifices publics (Palais National, Palais Législatif, Palais de Justice, Direction générale des impôts), de banques, d’hôpitaux, de centres de santé qui se sont détruits. Il ne reste à Port-au-Prince presque rien de valeur. Presque plus aucun édifice administratif et social, sauf le musée du Panthéon National. Bref c’est le « chaos total ».Dieu merci, face à cette situation catastrophique, tous les frères dominicains,  ont eu la vie sauve. Nous avons été épargnés. Aucun de nous n’a été sévèrement touché sinon le frère Jean-Wébert qui a été légèrement blessé à la jambe gauche.

Cela ne veut pas dire que nous étions dans des endroits protégés au moment du séisme. Le frère Charles Junior Moise a laissé le grand séminaire Notre-Dame juste quelques minutes avant. Il n’a même pas eu le temps de rentrer  à la maison quand arrivait le tremblement de terre. Avant d’arriver à la maison il a appris que là où il venait de dispenser un cours, le bâtiment s’est effondré avec les séminaristes dedans et nombreux sont morts sous les décombres. Le frère Ernest Charlot l’a échappé belle avant l’effondrement de la maison où il était en réunion avec des jeunes de la pastorale universitaire. Plusieurs étudiants ont perdu leur vie à l’intérieur du centre pastoral. Les frères Manuel Rivero et Jean-Wébert Eugène qui étaient à Sainte Rose de Lima au moment du séisme ont pu sortir sain et sauf.

Malheureusement tout le monde n’a pas eu  cette chance. L’archevêque de Port-au-Prince, Mgr Joseph Serge Miot, son Vicaire épiscopal, de nombreux prêtres diocésains ou religieux, des  frères de l’Instruction Chrétienne, des  religieuses, des séminaristes et des milliers de gens sont morts. Sans compter le nombre de personnes qui sont encore ensevelies sous les décombres.
Si Dieu nous a préservé la vie, de notre coté nous avons senti la nécessité d’aller apporter notre aide à d’autres personnes en danger de mort. C’est le cas du frère Manuel une fois sorti de sa chambre qui trouve une fillette en train de mourir : il a passé plus d’une demi- heure avec deux de Saint- Joseph de Cluny à la réanimer. Mais hélas ! Finalement elle a succombé. Les frères Ernest et Charles ont du partir en toute hâte pour aller chercher soit un frère ou une sœur dont ils n’ont pas de nouvelle. Le frère Jean-Wébert a passé la nuit dans les ruines de la faculté linguistique qui se trouve non loin de là, maison où résident les frères, pour aider les gens à enlever des masses de béton afin de dégager les étudiants qui se trouvaient emprisonnés dessous.
C’est difficile de faire une description de tout ce que nous avons pu vivre en ce moment. C’est difficile d’entendre des gens sous les décombres criant au secours et pourtant nous n’avons pas les moyens nécessaires pour les aider à sortir le plus rapidement possible. Le pire, c’est qu’après des heures d’attentes, nous ne les entendons plus, ils ont rendu leur âme, et nous  nous assistons à tout cela de manière impuissante, puisque dans la majorité des cas nous n’arrivons pas à les sortir des débris.
Comme  les frères dominicains, nous n’avons pas pour l’instant à Port-au-Prince une maison qui nous appartient. Cela nous rend exempt également de perte matérielle considérable. Parce que toutes les communautés indistinctement ont subi des dommages considérables. Si, dans un sens, la communauté n’a pas  été frappée directement par cette catastrophe naturelle ; dans un autre sens, elle  est très affectée.  Parce que tous les frères ont  perdu des parents ou des proches parents, des amis ou tout simplement des gens  que nous avions l’habitude de rencontrer et avec qui nous parlions régulièrement.

C’est difficile de faire face à cette situation, difficile de passer des nuits à la belle étoile, difficile d’être toujours prêt à se jeter par terre à chaque secousse, difficile d’apporter des mots de réconfort, de consolation et d’espérance à des gens qui sont dans la détresse. Pourtant il faut bien leur adresser un message d’espérance. Il faut bien les inviter à regarder la Croix. Car le mystère du calvaire peut leur apporter une lumière sur tous les drames de l’existence.



Fr Jean-Wébert Eugène op

Supérieur de la communauté de Port-au-Prince

 

Mis à jour ( Jeudi, 15 Avril 2010 13:59 )